Deepsea Under The PoleSous la glace en fusion

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Un siècle après la conquête du pôle Nord, « l’expédition polaire sous-marine » explore la face immergée de l’Arctique. Deepsea under the pole by Rolex est une expédition pionnière entreprise en 2010 afin d’en apprendre plus au sujet de la partie immergée de l’Arctique. Les huit membres de l’expédition ont enchaîné avec succès des randonnées à ski et des plongées au cœur d’un des climats les plus rudes de la planète pour mener à bien leurs expériences.

Par Don Belt
Les mouvements de la glace et l’action de l’océan soudent les fragments de glace entre eux pour former un labyrinthe givré de canaux et de conduits, à l’image de cet extraordinaire tunnel triangulaire.

L’équipe a recueilli de précieuses données audiovisuelles témoignant d’un monde en voie de disparition dans lequel cohabitent la neige, la glace et une faune marine incroyablement abondante et singulière. Rolex est fière d’avoir continué à apporter son soutien à l’équipe au cours de l’expédition Under the Pole III en 2017. Elle a ainsi aidé à de nouvelles découvertes et à une nouvelle approche de notre compréhension de notre planète.

« L’expédition polaire sous-marine » est la concrétisation des rêveries d’un adolescent français de quinze ans, Ghislain Bardout, qui, avec ses équipiers, a plongé à travers l’épaisse couche de glace dans l’eau arctique pour explorer l’envers de la banquise polaire.

Enfant, Ghislain Bardout, qui a grandi à Ferney-Voltaire, près de la frontière franco-suisse, était fasciné par les scènes du pôle Nord qui peuplaient son imagination avec ses inévitables ours polaires et sa neige étincelante, mais aussi ses eaux inaccessibles, d’un majestueux bleu cristallin, emprisonnées sous la masse sculpturale de la glace aux reflets translucides. Par curiosité, il s’était alors mis en quête de photographies sous-marines du pôle, mais en vain. Car jamais personne n’avait plongé sous la banquise pour prendre de tels clichés.

Quinze ans plus tard, au sommet du globe, il en a compris la raison.

Même si nous nous attendions à des températures glaciales, ce fut malgré tout un choc. Le froid pénétrait chaque couche de vêtement et lacérait la peau. Nous luttions constamment contre les gelures. Ghislain Bardout

La seule préparation de son expédition Deepsea under the pole by Rolex a mobilisé une énergie considérable, nécessitant presque trois années d’efforts sans relâche, afin d’assurer planification, collecte de fonds, recherche, préparation logistique, conditionnement physique et mental. L’équipe s’est entraînée durant plusieurs hivers dans les Alpes françaises et la Finlande septentrionale, testant le fonctionnement et la résistance des équipements sur la mer de glace du nord de la Baltique.

Ces derniers préparatifs, suivis d’un long périple depuis la France jusqu’au Québec, pour rallier enfin le Grand Nord canadien, se révélèrent exténuants. Quelle ne fut donc pas la joie de Ghislain après le débarquement des huit membres du groupe près du pôle, le 26 mars 2010 : « Une fois arrivés sur place, en regardant l’avion décoller, on avait l’impression qu’une première expédition venait juste de s’achever, se souvient-il. Etre arrivés jusque-là était déjà un véritable exploit en soi. »

Les cinq montres Rolex Deepsea ont fonctionné parfaitement malgré les conditions extrêmes, permettant à l’équipe de minuter la durée critique de plongée.

Le second volet de l’expédition est encore plus ambitieux : l’équipe se donne pour objectif d’atteindre l’île d’Ellesmere en l’espace de deux mois, au terme d’un trekking de 800 kilomètres à ski sur la glace en mouvement, ponctué de fréquentes plongées sous la banquise. Ces explorations sous-marines menées à des fins documentaires donnent lieu à des images subaquatiques inédites d’une banquise en voie de dissolution, ainsi qu’à des centaines d’observations scientifiques concernant la physiologie humaine et le changement climatique planétaire. Une fois débarqué à 89°19’ de latitude nord, Ghislain prend conscience que l’adaptation à l’environnement polaire constitue pour l’équipe le principal défi, et le plus immédiat.

Le lancement de l’expédition en Arctique a été fixé à la fin mars de manière à profiter de la transition de l’hiver au printemps, lorsque la glace est encore suffisamment épaisse et l’océan dégagé, et que le soleil, se détachant peu à peu de l’horizon, brille chaque jour un peu plus haut dans le ciel. Mais le printemps arctique est aussi réputé capricieux. Peu après avoir chaussé leurs skis et arrimé leurs pulkas (de petits traîneaux transportant le matériel), les membres de l’équipe sont confrontés à une température avoisinant - 40 °C qui refroidit leur ardeur et freine leur progression.

« De même lors de leurs premières tentatives d’immersion. Même si nous nous attendions à des températures glaciales, ce fut malgré tout un choc. Le froid pénétrait chaque couche de vêtement et lacérait la peau. Nous luttions constamment contre les gelures. »

Les conditions étaient extrêmement difficiles. Notre équipement ne présentait aucun défaut, pourtant rien ne résistait. Ghislain Bardout

Deux traîneaux sont réunis pour former un radeau, de manière à traverser une langue de mer libre. L’opération est filmée ici par en dessous par le chef de l’équipe et cadreur subaquatique Ghislain Bardout.

Pire encore, l’équipement commence à se détériorer presque immédiatement. Sous l’effet du gel, le métal se brise net, le plastique se désagrège et le moindre mécanisme s’enraye. D’une résistance à toute épreuve sur la glace marine de la Finlande septentrionale, l’outillage semble devenir aussi fragile que du verre sous l’effet du froid polaire.

Durant l’une des premières immersions sous la banquise, la combinaison étanche d’Emmanuelle Périé, la seule femme de l’expédition, commence ainsi à se remplir d’une eau glacée provenant de la purge du vêtement. Et ce n’est que le début.

« Imaginez les efforts qu’il faut fournir pour se sécher et se réchauffer lorsque la température est de - 45 °C », souligne cette dernière en se remémorant les premiers instants de panique lorsqu’elle a refait surface et que ses équipiers ont dû mettre aussitôt en pratique les exercices d’intervention d’urgence. « Ensuite, alors que nous faisions sécher les vêtements mouillés dans la sortie d’évacuation de notre générateur, ma parka a pris feu. Ce ne fut pas réjouissant de voir ma principale arme de défense contre le froid polaire soudainement criblée de trous. C’est le genre de mésaventure auquel nous avons été confrontés dès le premier jour. C’était incroyable. »

Après chaque plongée, il faut des heures pour parvenir à ôter la glace des détendeurs, des appareils de prises de vues et des autres équipements subaquatiques, voire éventuellement davantage pour réparer le matériel endommagé. « Les seuls instruments de plongée qui ont toujours fonctionné sans aucune défaillance, ajoute-t-elle, sont nos montres Rolex – le modèle Oyster Perpetual Rolex Deepsea. »

Fort de plusieurs expéditions dans l’Arctique, Ghislain sait reconnaître certains signaux d’alerte. Il impose donc un moratoire sur les plongées futures afin que l’équipe puisse reprendre pied et s’acclimater à ce contexte particulièrement inhospitalier. Durant une dizaine de jours, le groupe progresse ainsi vers le sud sur la glace à la dérive, à raison de sept ou huit heures de ski quotidiennes, afin de se familiariser avec l’environnement polaire et le matériel, tout en testant l’endurance de ses membres.

« Ce fut probablement une décision clé, estime-t-il. Les conditions étaient extrêmement difficiles. Notre équipement ne présentait aucun défaut, pourtant rien ne résistait : appareils de prise de vues, câbles, skis, éclairages. Ce genre de contretemps laisse des traces. Nous étions bien entraînés, mais je savais par expérience que les dix ou douze premiers jours étaient déterminants pour la suite de l’expédition. Si nous n’avions pas réussi à maîtriser la situation, l’issue aurait pu être désastreuse. »

La suspension des plongées permet également de renforcer les liens entre les équipiers. Ghislain Bardout (30 ans), chef de l’expédition, et sa compagne Emmanuelle Périé (31 ans), skipper et instructrice de plongée sous-marine, sont accompagnés de : Benoît Poyelle (32 ans), ingénieur océanographe et photographe ; Alban Michon (32 ans), spécialiste de plongée subaquatique chargé du matériel sous-marin ; Samuel Audrain (31 ans), plongeur professionnel et mécanicien naval ; Clément Infante (25 ans), alpiniste ; Vincent Berthet (28 ans), cadreur ; Pascal Rey (34 ans), alpiniste et expert en soins médicaux d’urgence ; et enfin Kayak, un chien husky sibérien de 1 an, à la fourrure aussi blanche que la neige arctique, qui monte la garde contre les ours polaires. Au sein de l’équipe de soutien, Valentine Ribadeau-Dumas, principal contact de l’expédition, est basée à Resolute Bay.

Pendant ces dix jours d’intermède, les températures se sont également adoucies, bien que la variabilité du printemps arctique ait eu dans un premier temps un impact négatif.

Au début du mois d’avril, par exemple, la température de l’air s’élève opportunément de - 40 °C à - 1 °C en l’espace de 24 heures. Toutefois, ce brusque changement météorologique est accompagné d’un coup de vent qui se déchaîne sur le campement pendant les deux jours suivants et transforme les étendues de glace relativement planes que parcourait l’expédition en un vaste enchevêtrement désordonné de blocs comparables à de petits bâtiments, lézardés de langues de mer libre (fissures). Une autre violente tempête fait dériver la banquise de plus de 30 kilomètres vers l’ouest, créant de nouvelles crêtes de compression et ruinant plusieurs jours de progression vers leur destination. La situation se révèle si chaotique que, dans l’impossibilité d’atterrir, leur avion de ravitaillement est contraint de parachuter les vivres à distance du campement, afin d’éviter les fissures et les langues d’eaux libres.

Toutefois, les conditions météorologiques tendent peu à peu à s’améliorer, et les efforts déployés par l’équipe finissent par payer, au point que Ghislain annonce la reprise des plongées. L’expédition prend alors son rythme de croisière.

Les séances de plongée sont un succès. D’un site à l’autre, les membres de l’équipe passent plusieurs jours consécutifs sur leurs skis, à hâler les traîneaux ou à les porter parfois sur leur dos pour franchir des blocs de glace, parcourant de huit à dix kilomètres avant de dresser le campement pour la nuit. Les jours d’exploration, une première plongée a lieu le matin, avant le déjeuner, à travers un trou pratiqué dans la glace, puis une seconde se déroule en fin d’après-midi, généralement en un lieu différent.

Au fur et à mesure que l’expédition progresse vers le sud, portée par la banquise, les photographes du groupe constituent des archives visuelles de l’envers de la banquise, tandis que leurs coéquipiers recueillent des données scientifiques à la fois sur et sous la surface.

En collaboration avec l’association Géo-Scaph, l’équipe étudie les effets du milieu polaire sur la physiologie humaine, et notamment sur la température corporelle : avant de partir en exploration, chaque plongeur ingère une pilule « radio » qui permet de suivre l’évolution des réactions de l’organisme. Pour le compte du climatologue Christian Haas de l’université de l’Alberta au Canada, les membres de l’expédition collectent aussi des informations relatives à l’épaisseur de la couche de neige et enregistrent des mesures de densité et de flottabilité destinées à évaluer l’épaisseur de la plate-forme de glace.

Au fil des semaines passées dans l’Arctique, l’expédition relève également différents signes du changement climatique planétaire, tels que la fonte de la partie immergée de l’inlandsis polaire – un processus qui a considérablement affiné et fragilisé la banquise en l’espace de quelques années seulement, d’après les données recueillies dans cette zone en 2007 et en 2008 par Ghislain Bardout et Emmanuelle Périé.

De nos jours, nous observons la présence de mer libre au pôle nord dès le début du printemps, ainsi que d’ours polaires contraints de nager sur de très longues distances, ce qui est anormal. La banquise est en train de fondre sous nos yeux, sans se reconstituer. Ghislain Bardout

Ces observations sont en outre confirmées par le météorologue Wayne Davidson, qui, depuis 1985, suit les variations de la banquise arctique depuis une base située sur l’île d’Ellesmere. Selon Wayne Davidson, l’épaisseur de la glace du pôle diminue considérablement depuis 1998, ce qui engendre une élévation alarmante des températures superficielles.

« Lorsque le soleil brille, la glace fond : c’est un phénomène naturel, note Ghislain. Il en va ainsi dans l’Arctique chaque printemps, depuis des millénaires. De nos jours, nous observons la présence d’une mer libre au pôle Nord dès le début du printemps, ainsi que d’ours polaires contraints de nager sur de très longues distances, ce qui est anormal. La banquise est en train de fondre sous nos yeux, sans se reconstituer. Ce que nous avons pu constater et filmer pendant l’expédition, c’est que cette fonte concerne largement la partie inférieure de l’inlandsis, et non la partie supérieure qui est la plus visible. Je l’ai vu de mes propres yeux. »

Les huit membres de l’expédition

Pour l’équipe, le milieu polaire devient chaque jour plus hostile et traître. La glace s’accumule en formant des crêtes de compression, tandis que le soleil d’avril commence à faire fondre la glace et la neige. Il apparaît bientôt évident que l’expédition ne parviendra pas à poursuivre ses explorations subaquatiques tout en tentant de rallier la côte de l’île d’Ellesmere par la terre, comme prévu initialement. Confronté à la perspective de devoir abandonner les plongées, qui étaient pourtant l’objectif principal, le groupe décide finalement de ne pas se hâter vers la côte, et de consacrer le temps qui lui reste à explorer la surface ainsi que l’envers de la banquise, de manière à réunir le dossier photographique le plus complet jamais réalisé sur le sujet.

L’équipe effectue au total 51 plongées, et ses membres continueraient probablement à cette heure si les conditions ne s’étaient pas encore davantage détériorées. A la troisième semaine d’avril, les températures grimpent de 10 à 15 degrés au-dessus de la normale et la glace fond à toute allure, « se disloquant de plus en plus chaque jour », comme l’écrit Ghislain dans l’annonce de sa décision de quitter le pôle plus tôt que prévu. « Nous avons entendu des craquements sous l’eau, en immersion, et nous les entendons aussi depuis nos tentes, la nuit. Nous pouvons sentir le relâchement de la poussée glacielle. C’est une sensation effrayante. »

Sitôt que se présente la première fenêtre météorologique, l’équipe, Kayak et le matériel se préparent à quitter la banquise en liquéfaction. Une fois récupérés, ils sont transportés par avion vers l’île d’Ellesmere, avant de regagner enfin la France. Mais Ghislain Bardout et Emmanuelle Périé mettent déjà sur pied leur prochaine expédition, de longues plongées en eaux très profondes permettant de photographier et d’évaluer l’état de la calotte polaire, ainsi que de sa biodiversité, à proximité des côtes occidentale et septentrionale du Groenland, où la subsistance des chasseurs inuits dépend du lent cycle des saisons et d’une épaisse couche de glace.

« L’environnement sous-marin de la banquise demeure très largement méconnu, estime Ghislain, expliquant sa passion pour cet univers glacé de l'Arctique. Il existe relativement peu d’images dans le domaine public, dont la plupart ont été prises dans les mêmes lieux convenus, à faible distance de bases logistiques dotées de terrains d’aviation. Mais la glace est différente en chaque point de l’Arctique, et le paysage sous-marin varie énormément d’un site à un autre. Notre ambition consiste juste à montrer la beauté de ce monde en voie de disparition. »

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